Pourquoi nous comparons-nous aux autres, et que faire à la place ?

6 Juin ‘22
4 min
Arianna Freni
Corrigé par notre psychologue Pia Linden
Nous savons tous que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Pourtant, nous nous surprenons souvent à contempler le jardin de notre voisin en rêvant qu’il soit le nôtre. Pourquoi cette tendance ? Et quels sont les dangers de se comparer aux autres ?

 

La psychologue Pia Linden nous explique les raisons qui se cachent derrière les comparaisons interpersonnelles et nous prodigue de bons conseils pour utiliser cette mauvaise habitude à notre avantage.

 

Les origines de la comparaison

 

Vous vous êtes déjà demandé si vous êtes le/la seul(e) à faire ça ? Nous vous rassurons tout de suite : la réponse est non. La raison pour laquelle nous faisons des comparaisons est une tendance humaine très courante qui trouve ses origines dans l’évolution

 

« Les humains sont des ‘animaux sociaux‘, et nos ancêtres ont toujours vécu et survécu en groupe », explique Pia. « Se comparer aux autres sert de point de repère pour voir où nous nous situons dans un groupe, et si nous devons prendre des mesures pour améliorer nos performances ou notre place ».

 

En psychologie, selon la théorie de la comparaison sociale de Festinger, l’être humain est incapable de se définir de manière indépendante, mais uniquement par rapport aux autres. Ainsi, curieusement, nous devons comparer nos comportements, nos opinions et nos sentiments à ceux des autres pour trouver de meilleures réponses à la question intemporelle : « Qui sommes-nous ? »

 

Selon cette approche, nous pouvons identifier deux types de comparaison sociale :

 

  • La comparaison ascendante : Tendance à se comparer des personnes que l’on juge supérieures à soi;

 

  • La comparaison descendante : Tendance à se comparer à des personnes que l’on juge inférieures à soi.

 

« Se comparer est nécessaire pour trouver de meilleures réponses à la question intemporelle de savoir qui nous sommes. »

 

La motivation qui nous pousse à ces types de comparaisons varie en fonction de nombreux facteurs. « Il serait trop facile de dire que l’un mène à A et l’autre à B », clarifie Pia. « Les conséquences de la comparaison dépendent de la personnalité. »

 

Dans le premier cas, nous pouvons par exemple utiliser la comparaison ascendante pour évaluer nos performances (auto-évaluation) et modifier notre comportement pour être plus performant (auto-amélioration). En revanche, dans le cas de la comparaison descendante, c’est le désir d’auto-valorisation qui nous motive, et nous le faisons pour nous sentir mieux dans notre peau et dans notre vie.

 

Je comprends bien que tout cela peut sembler confus ! D’une part, nous avons un besoin biologique de nous comparer aux autres, et de l’autre, nous sommes conscients que la comparaison entraîne souvent des émotions désagréables. Alors que faire ? Quelle est la bonne façon de voir les choses ?

 

Le côté obscur des comparaisons…

 

Dans l’ensemble, il est prouvé que le fait de se comparer aux autres a un impact profond sur l’image de soi, l’estime de soi et la motivation. Nous faussons souvent notre jugement en comparant nos moindres qualités aux meilleures qualités de quelqu’un, ce qui revient à juger un poisson par sa capacité à grimper à un arbre.

 

« Une autre dimension peut être de savoir si l’objet de notre comparaison est exact, c’est-à-dire : est-il réaliste de se comparer à cette personne ? » souligne Pia. « Ici encore, certaines personnes peuvent être très motivées en aspirant à devenir athlète olympique, mais d’autres risquent d’avoir le sentiment de ne jamais pouvoir y arriver et de perdre leur motivation. »

 

Et, si les théories psychologiques qui sous-tendent les comparaisons existent depuis la nuit des temps, nos structures sociales ont évolué de manière considérable depuis l’Antiquité. D’ailleurs, les occasions de mettre en pratique ces habitudes de comparaison se sont multipliées ces dernières années, notamment grâce aux (ou à cause des) réseaux sociaux.

 

Dans le monde en ligne, nous sommes constamment exposés à la vie, à la réussite et aux accomplissements des autres. Nous pouvons nous comparer à une infinité de choses, et la plupart du temps, elles sont loin de nous être bénéfiques.

 

Réfléchissez : Avez-vous déjà éprouvé de la tristesse ou de l’envie en voyant quelqu’un avec un meilleur corps, une meilleure relation, un meilleur emploi, une meilleure maison, etc. dans votre fil d’actualité ?

 

Le problème, c’est qu’il est très facile d’oublier que ce que nous voyons sur les réseaux sociaux n’est qu’un aperçu de la vie des autres et ne reflète généralement pas leur vie quotidienne réelle.

 

Pourtant, bien qu’il s’agisse d’une comparaison inexacte, nous sommes nombreux à tomber dans ce piège et à évaluer nos vies en fonction de celles des autres, ou tout du moins, de ce que nous en voyons. S’interroger sur les bienfaits de ce mécanisme de comparaison, en ligne et hors ligne, peut constituer la première étape pour être moins sensible à ses effets négatifs.

 

… et leur côté positif

 

Voici l’une de mes citations préférées : « Pour donner le meilleur de soi, il faut être qui l’on est vraiment. » Ainsi, la comparaison sociale n’est pas forcément négative dans tous les cas. Elle peut également avoir des effets bénéfiques lorsqu’elle est employée de manière utile, par exemple en s’inspirant des autres ou en demandant conseil.

 

Les comparaisons peuvent également nous faire réaliser où nous en sommes dans la vie, et la direction que nous souhaitons prendre pour l’avenir. Elles peuvent servir d’outil pour évaluer nos progrès et constituer une motivation précieuse pour nous améliorer. 

 

Le mot clé pour y parvenir, selon Pia ? Une mentalité axée sur le développement personnel

 

Recentrez-vous sur vous-même

 

Lorsque l’envie de vous comparer aux autres se manifeste et ne vous apporte aucun bénéfice, les conseils ci-dessous pourront peut-être vous aider à changer de perspective et à vous recentrer de l’extérieur vers l’intérieur :

 

  • Souvenez-vous que vous êtes très bien comme vous êtes. Centrez-vous sur vos points forts et vos réussites (passées).

 

  • Fixez-vous des objectifs réalistes et réfléchissez aux mesures à prendre pour les atteindre. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux pour vous ?

 

  • Évitez les déclencheurs de comparaison néfaste, dans la mesure du possible. Par exemple, envisagez de limiter le temps passé sur les réseaux sociaux.

 

  • Au lieu de vous centrer sur les objectifs, essayez plutôt de vous focaliser sur les processus. Ensuite, comparez-vous à votre moi passé : comment étiez-vous l’année dernière ? Qu’avez-vous appris depuis ?

 

  • Envisagez la situation dans son ensemble : Faites-vous des généralités, ou des suppositions incorrectes concernant la personne à laquelle vous vous comparez ?

 

Votre super pouvoir ? Être vous-même

 

Se comparer aux autres est un processus normal de la cognition humaine. Si toutes les comparaisons ne sont pas forcément préjudiciables, il est important de se recentrer sur soi régulièrement pour faire face aux éventuelles émotions négatives qu’elles sont susceptibles de provoquer.

 

Si vous réalisez que vous vous vous êtes laissé happer par ce schéma, redirigez votre énergie en douceur vers ce qui compte vraiment pour vous. Cette pratique continue vous aidera à identifier le moment où cette habitude risque de porter atteinte à votre santé mentale.

 

En fin de compte, personne n’est « plus vous que vous ». Alors, pourquoi ne pas oser être la meilleure version de vous-même ?

 

Nos psychologues seront ravis de vous prodiguer d’autres conseils sur la gestion des émotions difficiles et l’augmentation de la confiance en soi. Réservez une consultation dès aujourd’hui.